Quelle politique e-learning pour la France en 2008

Hubert Berger, université de Bourgogne


Ce document est accessible à l'adresse http://icb.u-bourgogne.fr/universitysurf/elearning2007.html

Le curriculum vitae du porteur du projet UniversitySurf, portail e-learning francophone   

  

   Professeur émérite à l'Université de Bourgogne (UB)
   Fondateur et éditeur du portail e-learning UniversiySurf

   Responsabilités antérieures:
   Doyen Faculté des Sciences (UB) 1982 - 1987
   Direction Laboratoire UMR CNRS-UB:1992 - 2002
   Membre du Comité National de la Recherche: 2000 - 2004
  

    Expériences en e-learning

            


UniversitySurf: un portail de ressources avec 1500 cours en ligne et plus d'un million de visiteurs/an


UniversitySurf (http://universitysurf.net) est un projet e-learning lancé le 20 mai 2000 avec la création du domaine "universitysurf.net"
Ce projet, antérieur au projet du MIT, reposait sur l'idée qu'en surfant sur les sites des universités, un étudiant devait y trouver toutes les ressources pour son cursus. L'intitulé est en anglais car le projet avait une ambition européenne.
Le projet s'est concrétisé par la création en mars 2002 d'un portail e-learning en accès libre et gratuit
. Cette démarche visant à mettre sur Internet des ressources pédagogiques en accès libre et gratuit a été confortée en septembre 2002 par le projet du MIT (Massachusetts Institute of Technology) visant à publier sur dix ans et gratuitement tous ses cours en ligne, ainsi que par la création de l'université médicale virtuelle francophone(UMVF), GIP créé en août 2003. Le réseau ParisTech, réseau de 11 grandes Ecoles de Paris, s'est lancé dans cette voie en 2004 et publie aujourd'hui plus de 250 cours en ligne.

UniversitySurf  accueille maintenant plus d'un million de visiteurs par an et 1500 cours en ligne sont proposés en libre accès.
Initialement conçu pour l'enseignement supérieur, il s'est révélé que les visiteurs qui accédaient au site par un moteur de recherche étaient aussi des lycéens et des collégiens. C'est ce qui nous a amené à couvrir également l'enseignement secondaire. UniversitySurf en 2007 est donc à la fois un campus virtuel, un lycée et collège virtuels.
Les cours ou ressources pédagogiques du Supérieur proviennent de l'ensemble des 90 Universités françaises, Grandes Ecoles, Universités étrangères francophones, ou encore des nombreux sites personnels d'enseignants. Par son édition exhaustive des ressources pédagogiques existantes, par sa médiatisation des actions TICE des universités françaises (voir l'annuaire des campus virtuels francophones) et par son
remarquable positionnement dans les moteurs de recherche, UniversitySurf a pour objectif d'être la vitrine du e-learning francophone et de le promouvoir au niveau international.
Les cours du Secondaire proviennent d'initiatives personnelles des enseignants ou de ressources mises en place par les équipes TICE des académies.

On peut découvrir plus complètement le site UniversitySurf à  partir de sa page d'accueil: http://universitysurf.net  ou mieux encore  par une visite guidée: http://icb.u-bourgogne.fr/universitysurf/visiteguidee.html



ANALYSE DE LA SITUATION DU E-LEARNING EN EUROPE, EN FRANCE


   La situation du e-Learning dans l'enseignement supérieur en EUROPE

Rapport de la commision européenne

Ci-après, l'article résume les principales conclusions d'un rapport de la commission européenne intitulé:Modèles virtuels d’universités européennes.
Cliquez ici pour lire le rapport complet de la commission européenne

L’étude a été réalisée en 2002 et 2003 pour la DG Éducation et Culture de la Commission européenne. Le but de cette étude était d’analyser l’utilisation actuelle et potentielle des TIC dans les universités européennes à des fins éducatives et organisationnelles.
Les lignes qui suivent constituent une adaptation libre des conclusions de cette étude.

Quatre catégories d’universités

Les réponses fournies par plus de 200 universités européennes ayant participé à cette étude ont permis de les diviser en quatre catégories en fonction de leur utilisation actuelle des TIC dans un contexte éducatif et organisationnel :

1. Les universités pionnières (18 %), qui se distinguent par leur prééminence à tout point de vue, notamment au niveau de leur coopération avec d’autres universités et fournisseurs de services éducatifs.

2. Les universités privilégiant les partenariats (33 %), qui se caractérisent par l’importance qu’elles accordent à la coopération stratégique avec des universités locales ou étrangères et d’autres fournisseurs de services éducatifs. A l’instar des universités pionnières, l’intégration des TIC à leur enseignement sur site est déjà assez avancée, mais leur utilisation de cours e-learning et de services numériques est plus restreinte.

3. Les universités autosuffisantes, qui représentent plus de 36 % du total, forment le groupe le plus important. Leur niveau d’intégration des TIC dans les contextes organisationnel et éducatif est proche de celui des universités privilégiant les partenariats, mais elles sont peu impliquées dans une coopération stratégique avec d’autres universités et fournisseurs de services éducatifs.

4. Les universités sceptiques (15 %) accusent un retard sur leurs homologues quasiment à tous les niveaux. Elles se caractérisent par une utilisation restreinte des services numériques, par une faible intégration des TIC à leur enseignement sur site, ainsi que par une proportion très limitée de cours e-learning.

C’est en Espagne et au Royaume-Uni que l’on trouve le plus grand nombre d’universités de la catégorie 1 (22 % et 19 %). Les universités de catégorie 2 sont présentes dans tous les pays, mais ce sont la Suède et l’Allemagne qui en regroupent le plus grand nombre (18 % chacune). 36 % des universités de catégorie 3 se situent au Royaume-Uni. Et enfin, la catégorie 4 est surtout représentée en Italie et en Allemagne.

Quatre principaux obstacles

L’étude a révélé que les universités doivent faire face à quatre grands obstacles qui sont des défis majeurs dans leur progression vers une utilisation étendue des TIC et de l’e-learning :

1. De l’initiative individuelle à la culture universitaire. Pour la plupart des universités, le premier défi consiste à faire des TIC une composante de l’enseignement classique, et non plus des technologies utilisées uniquement pour répondre à de simples initiatives individuelles ; or cela est entravé par l’absence d’une approche globale cohérente de la part des équipes de direction en matière d’intégration des TIC, à laquelle s’ajoute bien souvent une résistance à tout changement dans la culture universitaire.

2. Des connaissances insuffisantes. La majeure partie du personnel universitaire ne connaît pas le potentiel des TIC ni les nouvelles façons de les utiliser.

3. Le faible nombre des ressources TIC. L’étude a mis en relief la faible quantité de matériel d’enseignement de haute qualité basé sur les TIC. Cette carence est la conséquence naturelle d’un niveau de développement encore généralement insuffisant. Et, dans la mesure où les équipes de direction et le personnel enseignant ont besoin d’une base solide pour commencer à développer leur propre matériel, ce manque constitue un obstacle majeur. En outre, le développement de matériel basé sur les TIC et de contenu e-learning est très onéreux. Il y a donc un besoin de mesures d’encouragement accrues pour entreprendre ce développement, d’initiatives nationales et régionales pour le soutenir, et d’une coopération destinée à diluer les coûts de développement.

4. Des réglementations doivent être définies. Les tendances américaines vont sans doute arriver en Europe, du fait de la production de masse de matériel d’enseignement et de l’industrialisation progressive de ce processus. Par conséquent, les réglementations relatives aux droits de propriété intellectuelle et aux systèmes de paiement destinés à accroître le partage et la réutilisation des ressources d’apprentissage devront être affinées. Cette évolution va mettre à l’épreuve les valeurs traditionnelles de la liberté universitaire et de l’enseignement basé sur la recherche individuelle des professeurs.

  La situation du e-Learning dans les universités françaises en février 2006


A l'heure où le e-learning devient de plus en plus incontournable dans les entreprises françaises, qu'en est-il dans l'Enseignement upérieur en France?
Le e-learning dans l'Enseignement Supérieur (universités, grandes Ecoles) concerne l'autoformation, l'accompagnement présentiel et les formations proposées à distance.
Un tour d'horizon, université par université, discipline par discipline, est dressé dans l'annuaire des ressources des universités (http://icb.u-bourgogne.fr/universitysurf/annuairecampuses-fr.html )

On y découvre le retard des établissements supérieurs français pour mettre en ligne leurs ressources pédagogiques en accès libre et gratuit, un retard conforme à l'étude européenne. Il apparaît toutefois que la médecine est la plus en avancée pour bien saisir ce nouveau potentiel des nouvelles technologies de l'apprentissage dans un contexte de contenu libre.
Le bilan des actions TICE dans les universités françaises en juin 2005 est le suivant:

- 33 universités ont une offre de formations à distance avec une bonne visibilité

- 27 ont mis en place des dispositifs pédagogiques divers (plate-forme, serveur,...)

- 42 proposent des cours ou ressources pédagogiques en accès libre et gratuit. Dans 23 cas seulement l'initiative provient de l'Université; dans les 19 autres cas, la mise en ligne de ressources pédagogiques résulte de l'initiative des composantes (UFR, département, laboratoire). 

Le volume de cours en ligne ou de ressources en ligne sur les sites universitaires reste globalement extrêmement faible. Ce manque flagrant de dynamisme des universités est toutefois partiellement compensé par les nombreuses réalisations dues aux initiatives d'enseignants engagés à titre personnel dans les TICE. Une grande partie des cours en ligne édités par UniversitySurf provient de contributions personnelles d'enseignants.


PROPOSITIONS POUR UNE NOUVELLE POLITIQUE e-LEARNING EN FRANCE 


 10 raisons de l'échec de la politique "e-learning" en France depuis 2000 et 10 propositions pour réussir.

La responsabilité des universités
1.
Manque d'intérêt des équipes de direction des universités pour intégrer les TICE à l'enseignement classique
Notre étude est tout à fait conforme au rapport de la commission européenne. Dans la plupart des universités, il n'y pas réellement une politique d'intégration des TICE dans l'enseignement. La majeure partie du personnel universitaire et en conséquence les équipes de direction ne connaissent pas le potentiel des TICE ni les nouvelles façons de les utiliser.
Les enseignants motivés qui souhaitent associer les TICE à l'enseignement classique ne reçoivent pas ou peu d'appui de leurs universités.
Notre proposition est de créer une université virtuelle qui prendra en charge le e-learning (idem pour le Secondaire avec les notions de Lycée et Collège virtuels).

Les responsabilités du ministère: 3 erreurs de politique
2.
Le problème du e-learning est pris à l’envers.
En 2000, l'initiative du Ministère a été de lancer les "campus numériques". Plus de 60 campus numériques ont été labélisés. On a beau insisté en interrogeant Google, on n'en trouve pas de trace aujourd'hui. L' initiative des campus numériques(2000-2002) a conduit à un échec.
A partir de 2003, apparaisssent les concepts d' "UNR (universités numériques en Région)" et d' "UNT(universités numériques thématiques)". Que ce soit sous un gouvernement de gauche ou de droite, l'erreur a été la même: le Ministère ne s'est pas appuyé sur les initiatives personnelles d'enseignants motivés. Il faut comme l'écrivait un blogueur (Thierry Klein) que le processus soit initié par les enseignants eux-mêmes. Le Ministère, l'université doivent déterminer certaines stratégies, mais cela doit aussi venir des professeurs. Si les universitaires ne sont pas motivés par l’e-learning, il ne se développera pas, écrivait récemment Tony Bates, professeur canadien en poste en Catalogne.
Non seulement la méthode est criticable, mais le plus surprenant c'est que des initiatives individuelles réussies sont superbement ignorées par le Ministère.
Notre proposition est de mettre les actuels e-enseignants au centre des projets e-learning (idem dans le Secondaire).

3. La non prise en compte des charges TICE dans les services statutaires.
C'est une des incohérences notoires de la politique du ministère. D'un côté, il clame qu'il veut développer le e-learning, d'un autre les charges TICE pour créer, mettre en ligne, maintenir sur le Web les ressources pédagogiques, ne sont pas prises en compte dans les charges statutaires. Ni dans le Supérieur, ni dans le Secondaire.
Les enseignants-chercheurs qui ont produit des ressources en ligne sont unanimes à dire que leur travail n'est pas ou très mal reconnu dans leur université (ou établissement s'il s'agit d'enseignant du Secondaire). Il y a eu pourtant deux rapports nationaux qui ont conclu à l'urgente nécessité de revoir les charges statutaires dans le Supérieur et d'y inclure les charges TICE (rapports d'Eric Espéret en 2001 et de Bernard Belloc en 2003). Rien n'y a fait. Depuis la loi Savary qui a augmenté les charges au point de compromettre la Recherche, il est hors de question que les enseignants-chercheurs dans leur ensemble puissent trouver le temps de mettre leur cours en ligne. Une majorité d'enseignants ne souhaitent pas être rémunérés pour développer les TICE, mais être déchargés, c'est à dire que celles-ci soient prises en compte dans leur service.

L’e-learning ne devrait donc pas représenter un surcroît de travail pour le personnel déjà en place.
Notre proposition est d'établir de nouvelles règles pour la prise en compte des charges TICE à un niveau convenable (idem Secondaire).

4. Une politique e-learning hésitante vis à vis de l'accès libre aux savoirs
Les campus numériques soutenus par le Ministère entre 2000 et 2002, à l'exception de la médecine, avaient dans leurs objectifs un accès restreint aux ressources. Les discussions portaient alors (parfois encore aujourd'hui) sur les questions:
Faut-il mettre en ligne sur Internet, extranet, intranet ? Faut-il limiter aux seuls élèves "du" professeur, aux étudiants inscrits à telles Universités, écoles, ? Et pas aux autres ? A-t-on oublié que l'enseignement est (doit être)gratuit.
A partir de 2002 sont apparus les premières réalisations de campus affichant un accès libre et gratuit aux ressources pédagogiques. La plus médiatisée de ces réalisations est celle du célèbre MIT. Ce dernier annonçait que, sur 10 ans, il allait mettre tous ses cours en ligne en accès libre! Aujourd'hui la Chine lui emboîte le pas avec son projet CORE ( China Open Ressources for Education). Et la France? En 2002, sont apparus 2 projets de camps en accès libre et gratuit: l'Université Médicale Virtuelle Francophone (UMVF) et le portail e-learning UniversitySurf sur mon initiative. En 2005, le réseau ParisTech (11 Grandes Ecoles parisiennes dont Polytechnique) a lancé la mise en ligne de ses cours avec le même concept.
En 2008, je ne suis pas sûr que le Ministère a compris que nous sommes aujourd'hui dans un mouvement mondial de l'accès ouvert aux ressources numériques. En effet, une des universités numériques thématiques en développement et soutenue par le Ministère, l'UNJF (université numérique juridique francophone) annonce des ressources réservées à ses membres (les Facs de droit) et payantes pour les autres.
Notre proposition est d'afficher une politique claire de la France en faveur des ressources en accès libre et gratuit et de ne soutenir financièrement que les projets ayant cet objectif.

Les autres raisons
5. Les conditions des appels d'offres en faveur du e-learning
Que ce soit au niveau national ou au niveau de l'Europe, on ne peut participer à un appel d'offres que si on fait partie d'un consortium. Au début en Europe, il fallait impérativement 5 partenaires, depuis les récents élargissements, la règle est passée à plus de 10!
Un seul exemple suffit pour montrer que cette règle tue l'initiative! Si le MIT avait du attendre que 5 universités américaines soient d'accord pour se lancer dans le projet, il n'aurait jamais été initié.
En France également, répondre à un appel d'offres e-learning sans avoir derrière soi une flopée d’universités conduit fatalement à l'échec.
Où trouver les partenaires pour satisfaire la règle? On les trouve forcément, même s'ils ont peu d’expérience et pas vraiment la volonté d'avancer sur les mêmes bases que vous. D'où ces déconvenues lorsque l'on interroge Google quelques années après.
Notre proposition pour ce qui concerne la France sera de lancer des appels d'offres vers les enseignants au lieu des établissements (appels d'offres lancés à partir de l'université virtuelle pour le Supérieur, le lycée ou collège virtuels pour le Secondaire)

6. L'ignorance des personnels à l'égard des plates-formes pédagogiques
La plate-forme pédagogique (logiciel) fait le lien entre l'enseignant et l'apprenant. Cette ignorance est un peu moins marquée dans le domaine des sciences "dures", mais existe aussi. Il n'est pas rare de trouver des informaticiens ou techniciens totalement ignorants des plates-formes pédagogiques disponibles aujourd'hui. Il existe aujourd'hui plus de 250 plates-formes payantes ou gratuites. On comprend alors le désarroi du technicien ou du responsable universitaire parachuté "responsable TICE" qui croît devoir choisir une plate-forme e-learning pour son université. Là encore il ne faut pas prendre le problème à l’envers, et laisser l'initiative aux enseignants. Le personnel technique est là pour la maintenance du logiciel sur le serveur. IL y a besoin de formation pour démystifier les plates-formes pédagogiques. Un exemple frappant est celui de la plate-forme Open Source "Moodle" qui se télécharge en moins de 15 minutes sur une clé USB!
Notre proposition est d'informer tous les enseignants sur les possibilités techniques et pédagogiques offertes par le e-learning et de les former aux pratiques TICE avec l’objectif d'améliorer notre enseignement.

7. Manque de coopération statégique entre universités.
Une université seule n'a ni la culture, ni les moyens de ses ambitions, ni les compétences pour mettre en place un process de e-formation complet.
Le coût de e-formation à distance fait peur: une heure d’enseignement à distance est, semble-t-il, d'au moins 1000 € (en incluant tout). Un cursus de 1000h de cours reviendrait à 1 million d'euros. Pourquoi une licence, un master à distance devraient-ils être conçus, réalisés par une seule université? La production, l'implémentation et la mise à jour des contenus en ligne coutent chers. C'est parce que nos universités ont tendance à faire cavalier seul ou à travailler sans coordination que le coût est élevé et que peu de choses se font.
La coopération statégique n'a pas lieu de se limiter aux universités françaises, elle doit aussi intégrer les universités francophones du monde entier.
Notre proposition est de confier la mise en place de cette coopération stratégique à l'université virtuelle (université à créer selon le proposition 1).

8. Le manque d’infrastructures des universités
C'est aussi un frein au développement du e-learning en tant que partie intégrante de l'enseignement traditionnel, bien que dans ce domaine de réels progrès ont été réalisés ces 3 dernières années. On peut noter les équipements insuffisants des amphithéâtres ne motivant guère les enseignants à débuter quelque chose dans leur formation, L’absence de plate-forme de e-formation, le manque de personnels techniques formés aux TICE avec mission d’aider les enseignants dans cet objectif, etc...
Notre proposition est de poursuivre l'effort actuel sur les infrastructures ainsi que sur la création de postes de personnels techniques TICE, pour accompagner les enseignants

9. Insuffisance de contenus sur le Web
Le e-learning n'est pas simplement la mise en ligne de contenu. Si cela était le cas, les coûts associés au e-learning pourraient être réduits considérablement. Bien sûr qu'il ne faut pas limiter le e-learning au contenu, mais sans lui il n'y a pas de e-learning! Il doit donc être au coeur de la stratégie et lorsqu'on débute en e-learning, il vaut mieux privilégier le fond plutôt que la forme, en adoptant des solutions qui font baisser le coût de production du contenu.
Une situation similaire est observable dans le Secondaire, où l'on voit "naître" des ENT sans "espace ressources"! Les ENT doivent permettre un accès facile aux ressources pédagogiques, mais ce serait une erreur de penser que chaque ENT (voir chaque Région) doit prévoir la production et la diffusion de ses propres ressources pédagogiques avec "accès réservé". La mutualisation des ressources ouvertes doit être la base de notre politique de développement des contenus. Une autre grave dérive serait de confier au secteur "marchand" la production de tous les contenus. Le risque est bien réel avec la politique actuelle du Ministère dès lors que l'on demande aux enseignants d'indiquer ce dont ils ont besoin pour en confier ensuite la production au secteur marchand." Les enseignants sont des professionnels de la pédagogie, les ressources pédagogiques se situent dans le coeur de leur métier, nous ne pouvons pas nier la richesse de leur production, de leur utilisation et leurs apports en matière de formation et de professionnalisation", écrivait récemment sur son blog Michèle Drechsler.
Notre proposition est de faire de la production de contenus mutualisés en accès libre, la priorité de la politique e-learning.

10. Mauvaise visibilité des réalisations e-learning françaises sur le Web.
A quoi servirait de mettre en ligne des ressources pédagogiques, si elles ne sont vues par les internautes! C'est pourtant ce qui arrive bien souvent aujourd'hui. En tapant les mots-clés du e-learning sur Google, par exemple "cours en ligne" suivi du nom de l'université, la plupart du temps celle-ci n'apparaît pas dans les 15 premières réponses ( parfois même pas dans les 50 premières réponses!). Un autre exemple significatif concerne l'UMVF (université virtuelle médicale), qui est pourtant une excellente réalisation en médecine: lorsqu'on tape "cours en ligne médecine", le site de l'UMVF n'apparaît pas dans les 50 premières réponses de Google. Le portail UniversitySurf qui bénéficie d'un excellent positionnement sur le Web fait figure d'exception ( voir sa visibilité sur le Web en cliquant ici).
Le manque de visibilité sur le Web est la conséquence de l'échec actuel de l'e-learning en France. L'annonce de la mise en ligne de ses cours par le MIT, a été un formidable coup de publicité pour cet établissement, lui procurant auprès des étudiants du monde entier un formidable attrait. La Chine lui emboîte le pas. La France doit à son tour soutenir une internationalisation de ses universités et Grandes Ecoles.
Notre proposition est de promouvoir le e-learning francophone au niveau international.






  Créer une université virtuelle pour piloter l'e-learning dans le Supérieur en France 


Le rapport de la commission européenne a montré qu'il y a un désintérêt des équipes de directions des universités à l'égard des TICE et du e-learning. En conséquence, il nous apparaît que la seule façon de mener une politique efficace en faveur du e-learning, est de créer une nouvelle université, qui serait une université virtuelle.

Cette nouvelle université (Université Virtuelle Française: UVF), aurait les missions suivantes:

  1. Mener la politique de développement du e-learning en France
    Cette université fonctionnerait comme toute autre université d'un point de vue administratif (Présidence, conseils, facultés ou départements disciplinaires) et serait dotée de moyens humains (e-enseignant, personnels technique et administratif) et financiers similaires, pour travailler comme une "agence de moyens". En revanche, elle n'aurait pas vocation à avoir ses propres enseignants, ni à délivrer des diplômes.
    Les universités conserveraient donc intégralement leur mission pour dispenser les formations y compris à distance. Les enseignants actifs en TICE dans leurs établissements, qui le font aujourd'hui d’une manière bénévole, effectueraient une partie de leur service statutaire au sein de la nouvelle université virtuelle. Ils deviendraient, après évaluation, les e-enseignants de cette nouvelle université, chargés d'y remplir ses missions e-learning (idem pour lycée et collège virtuels). Dans cette optique, on pourra être e-enseignant pendant une période de sa carrière, mais pas forcément durant toute sa carrière.
    Elle devrait lever les 4 obstacles au développement du e-learning, mentionnés dans le rapport de la commission européenne.

  2. Etablir de nouvelles règles pour la prise en compte des charges TICE
    Prétendre que l'on veut développer le e-learning et ne pas prendre en compte explicitement et à leur juste valeur les charges qu'entraine le e-learning, c'est évidemment apporter la preuve qu'il n'y avait pas à ce jour, au niveau national, une véritable ambition de le faire.
    Le problème n'est pas de déroger à la base des 192H dans les universités, mais d'inclure les nouvelles charges TICE dans les services des enseignants à un niveau convenable. Voici un exemple de proposition pour prendre mieux en compte les charges TICE:le développement d'un cours labélisé sur le Web (noté DeCM) serait contractualisé avec l'enseignant selon l'équivalence suivante:1H DeCM = 6H CM= 9 ETD
    Même règle pour les TD et TP: 1H DeTD/TP= 6 H ETD

  3. Evaluer les activités TICE des enseignants-chercheurs (et enseignants du secondaire) pour une prise en compte dans les services statutaires .
    Les enseignants-chercheurs qui ont produit des ressources en ligne sont unanimes à dire que leur travail n'est pas ou très mal reconnu dans leur université. Une évaluation nationale devrait leur apporter la reconnaissance du statut d'e-enseignant.

  4. Poursuivre la structuration des ressources pédagogiques en ligne dans des conditions pérennes
    Dans nos 90 universités et grands établissements, il y a plus de 5 000 bibliothécaires (5232 en 2002). L'UVF serait (entre autres) dotée de postes pour la gestion des contenus pédagogiques sur le Web. L'UVF serait constituée en départements disciplinaires composés d'e-enseignants des différentes universités, qui participeraient à la structuration des ressources et à terme (5 ans si les moyens suivent), la mise en place de ressources numérisées complètes dans toutes les disciplines .

  5. Mobiliser les bibliothèques universitaires pour faire connaître les ressources en ligne
    Les services universitaires de documentation sont par définition des centres de ressources documentaires qui peuvent intervenir à plusieurs niveaux pour faire progresser le e-Learning.

  6. Former les enseignants et les personnels techniques au potentiel des TICE et leur apprendre à les utiliser, notamment pour effectuer le tutorat. Les personnels techniques non encore impliqués dans les TICE pourraient apporter aux enseignants une aide à la création de contenus pédagogiques.

  7. Stimuler la création de nouveaux contenus pédagogiques en ligne en incitant les universités et les enseignants-chercheurs dans la production de nouvelles ressources pédagogiques en accès libre et gratuit.
    Une proposition pour donner les moyens aux enseignants-chercheurs de s'investir dans le e-learning serait de mettre en place des délégations "e-Learning". L'idée est empruntée au domaine de la recherche: en effet, le CNRS offre aux enseignants-chercheurs des délégations (ou demi-délégations) pour s'investir davantage dans la recherche.
    Dans le cas de délégations demandées au titre du "e-Learning", l'enseignant pourrait s'investir davantage en e-learning pour mettre des cours, des modules de cours, ou des ressources diverses en ligne. Ces délégations seraient attribuées aux universités par l'UVF qui en fera la demande à l'Etat (selon un plan quadriennal, comme n'importe quelle université). Pour les universités, ces charges TICE viendraient s'ajouter aux charges traditionnelles des filières.

  8. Promouvoir le e-learning francophone sur le Web, c'est à dire au niveau international.
    Si le e-learning est piloté en France par cette nouvelle université virtuelle, on a tout lieu de penser, en se référant à la très bonne visibilité d'UniversitySurf, que le problème de la visibilité sur le Web sera réglé. L'université virtuelle française pourra tenir sa place au niveau international, aux côtés des pionniers du e-learning en accès libre(MIT, universités chinoises réunies au sein du projet CORE, universités japonaises réunies au sein du projet  JOCW Consortium, etc...).

  9. Manager les projets nationaux, européens dans le domaine du e-learning
    L'UVF a vocation à aider les universités à travailler en réseaux avec les universités françaises et européennes pour produire davantage de ressources numériques en participant aux programmes de la communauté européenne. Au niveau européen, l'UVF aura vocation à entraîner les universités européennes dans la production de ressources libres.

  10. L'université virtuelle intégrerait les actuelles "universités numériques thématiques"
    Pour des raisons d'efficacité et de visibilité, la France ne peut avoir qu' une grande Université Virtuelle.
    Les universités thématiques devront changer d'intitulés (Faculltés, campus ?). L'UMVF (université médicale virtuelle francophone) y aura toute sa place pour la médecine. De la même façon, les autres universités numériques thématiques (en phase de constitution) ont vocation à faire partie de cette nouvelle université virtuelle, notamment l'UNJF, l'université numérique juridique francophone à condition d'offrir un accès libre et gratuit aux ressources pour tout internaute? Ce n'est pas le cas aujourd'hui et cela constitue une différence majeure dans la politique e-learning actuelle et celle que nous proposons pour 2007. Pas d'argent publique, pour créer des ressources "fermées"! Il y a d'ailleurs une incohérence flagrante lorsqu'on lit sur le portail de l'UNJF qu'elle a vocation à faire connaître l'enseignement du droit au niveau international, dès lors que ses ressources sont réservées aux partenaires du consortium!

Un lycée et un collège virtuels pour manager le e-learning dans le Secondaire 
Les établissements du Secondaire ayant un site Web avec des ressources sont très rares! Sur un site de lycée ou de colège, c'est la partie administrative qui occupe la place prépondérante et qui semble très intéressante pour les parents. La partie "ressources pédagogiques" est moins développée, mais rien n'empêche, à l'avenir, que les professeurs y publient leurs supports pédagogiques pour aider leurs élèves dans l'apprentissage. Tous ne le feront pas! et pas avec la richesse d'une mutualisation nationale!

Tout ce qui a été dit pour l'université virtuelle s'applique aussi pour mettre en place au niveau national un collège et un lycée virtuels.
Les pages consacrées au Secondaire sur le site UniversitySurf montrent le potentiel de ressources pédagogiques disponibles actuellement sur Internet.

Parler de collège et lycée virtuels signifie qu'un élève, un parent doit y trouver les cours en ligne des différentes classes dans toutes les matières. Au niveau collège, c'est pratiquement chose faite sur le site UniversitySurf pour 2 matières, les mathématiques et l'histoire-géo pour lesquelles on dispose des cours complets, conformes au programme national. A ces cours complets, viennent s'ajouter des notes de cours, des exercices interactifs, des modules d'auto-apprentissage, des forums, etc. Dans le cas de l'histoire-géo, il s'agit d'une initiative personnelle d'un enseignant de l'académie de Toulouse; pour les mathématiques l'initiative vient d'une professeure avec une équipe TICE disciplinaire de l'académie d'Orléans-Tours.
Ceci montre q'il ne faudrait pas dégager beaucoup de moyens humains au niveau national pour coordonner de façon pérenne la mutualisation des ressources pédagogiques. Comme pour l'université virtuelle, une stucture nationale légère suffira, avec une stucture juridique souple pour permettre aux meilleurs acteurs en TICE d'y participer.

Nous avons affirmé à plusieurs reprises que le collège, le lycée et l'université virtuels seraient bâtis avec les acteurs TICE des établissements. Il y a en effet une mine de postes d'enseignant dont une partie pourrait être affectée à des tâches e-learning. Il s'agit des emplois en surnombre dont le nombre a été ramené à 3 600 en 2006 (Dépêche AEF n°66359 ). Les disciplines concernées sont les lettres (1 100 ETP), l'EPS (éducation physique et sportive) (850 ETP), les langues et surtout l'allemand (950 ETP) et la philosophie (210 ETP)".
Note: le document est régulièrement enrichi. Date de la dernière modification: 10/06/2009