Le contrôle de la dynamique quantique a pour but, partant d'un état initial, de déterminer un champ laser capable d'amener le système dans un état cible fixé a priori. Dans ce cadre, nous utilisons les méthodes de contrôles optimal et de contrôle par passage adiabatique pour déterminer ce champ. Cette étude est en partie réalisé en collaboration avec l'équipe d'expérimentateurs de notre département OMR. Les applications de ce thème sont nombreuses allant de la physique moléculaire (en particulier le contrôle de l'orientation et de l'alignement) à l'information quantique (réalisation de portes quantiques).
Pour le second thème, notre objectif est d'utiliser les outils de la mécanique classique, semi-classique et de la géométrie différentielle pour décrire les propriétés qualitatives de la dynamique de systèmes classiques et quantiques simples. Ces études ont des applications potentielles en physique moléculaire aussi bien structurelles que dynamiques (théorie du contrôle géométrique, monodromie quantique).
Contrôle de la dynamique quantique par champ externe
Passage adiabatique - Contrôle optimal
La théorie adiabatique des états habillés en champ intense
(théorie adiabatique de Floquet), maintenant bien établie, a fait
l'objet d'un article de revue [''Control of quantum dynamics by laser pulses - Adiabatic Floquet theory'',
S. Guérin and H. R. Jauslin, Advances in Chemical Physics 125, 147 (2003)].
Nous avons montré que la
topologie des états habillés joue un rôle central pour décrire la
dynamique adiabatique et en particulier pour sa robustesse. La
topologie des états habillés permet, en effet, de classer les
différentes trajectoires adiabatiques en fonction des différents
états cibles du problème. Le suivi par passage adiabatique
des lignes de niveaux entre les différentes énergies habillées
permet d'optimiser le transfert de population en minimisant les
pertes non-adiabatiques.
Une application importante consiste
à générer un transfert sélectif de la population rovibrationnelle,
en particulier lorsque la molécule est au préalable alignée
adiabatiquement [PRA 71,013402 (2005)].

La création de superpositions cohérentes d'états
est un autre aspect majeur que nous étudions, en particulier en relation avec l'information
quantique. Nous avons montré comment le
mécanisme de levée de dégénérescence lors de la croissance du
champ permettait d'élaborer de telles superpositions d'états.
Cette étude
générale nous a permis de proposer un contrôle de la localisation
de l'effet tunnel par passage adiabatique. La possibilité d'un
switch tunnel a aussi été démontrée [PRL 93,223602 (2004)].

Nous développons une technique de passage adiabatique
permettant des échanges de photons dont le nombre est contrôlé de
façon robuste. Cette technique utilise un processus bichromatique
caractérisé par la combinaison de deux champs laser
de fréquences très proches et quasi-résonnante avec une transition
atomique ou moléculaire. Lorsque la fréquence de Rabi d'un ou des
deux laser dépasse la différence de leur fréquence, des processus
résonnants non-linéaires entrent en jeu, et ce en champ
d'amplitude relativement modeste. Ce processus est contrôlé en
utilisant les propriétés topologiques des états habillés.
Nous avons
appliqué cette technique en particulier pour le contrôle de la
déflexion d'un jet atomique par passage du jet au travers de deux
faisceaux contre-propagatifs de délai et amplitudes appropriés [PRA 63, R031403 (2001)].
Nous avons également appliqué cette technique pour générer
des états de photons ``à la demande'' en cavité (voir plus bas).
Le contrôle de l'alignement moléculaire est un enjeu d'importance.
Avec l'équipe expérimentale de notre département OMR, nous avons en
proposé et vérifié expérimentalement la première
méthode de mesure non-destructive des récurrences d'alignement
induite par champ intense après l'extinction du champ [PRL 90, 153601 (2003)].
Nous étudions le contrôle dynamique de l'alignement, en particulier
la possibilité de faire alterner l'alignement post-impulsionnel
avec un champ de polarisation elliptique [PRL 95, 063005 (2005)].
Un aspect important concerne l'étude de l'orientation
des molécules polaires par champ laser (i.e. avec le contrôle du
sens de l'alignement). Nous avons proposé un schéma
permettant une orientation pendant l'impulsion par passage
adiabatique par un processus 2+1 [PRL 88, 233601 (2002)].
Notre étude repose de manière générale sur l'identification
préalable d'états cibles alignés ou orientés en fonction des états propres
rotationnels dans un espace de Hilbert approché de dimension finie [PRA 69, 033402 (2004)].
Nous étudions les schémas permettant d'atteindre un de ces
états en utilisant une série adaptée d'impulsions ``demi cycles''
(i.e. dans le cas où chaque impulsion est constituée d'un seul
cycle, le premier demi cycle étant actif car intense et bref, le
second demi cycle très peu intense et long). Nous avons
proposé une technique utilisant une impulsion hybride,
composée d'un champ laser et d'un champ ''demi cycle'' [PRL 94, 153003 (2005)].
Nous avons
étendu le domaine d'application de ces outils afin de prendre en
compte des champs lasers quantifiés dans une cavité.
Nous avons, en particulier, montré comment
générer des états de photons ``à la demande'' en cavité par
passage adiabatique bichromatique en utilisant un faisceau
atomique couplé à la fois à la cavité et à un laser [PRA 70, 013807 (2004)].
Cette
technique permet ainsi au champ laser de fournir des photons à la
cavité par l'intermédiaire du faisceau d'atomes.
L'utilisation de
la cavité pour élaborer des processus pour l'information quantique
est pertinente car elle permet un couplage simple et bien contrôlé
entre qubits.
De plus, en utilisant des états sombres appropriés,
la dynamique peut s'établir sans émission spontanée atomique ou de
la cavité.
Nous avons mis en place une technique
d'intrication d'atomes après passage dans une cavité et dans un
faisceau laser, ces deux derniers ayant une zone spatiale de
recouvrement [PRA 71, 023805 (2005); PRA 72, 012339 (2005)].
Nous avons aussi proposé un schéma pour tester
expérimentalement la réalisation de portes à un qubit par passage
adiabatique [Opt. Commun. 264, 362 (2006)].
Nous étudions la construction de portes logiques à deux qu-bits
réalisées par des techniques de passage adiabatique, telles que la porte SWAP
[PRA 72, 062309 (2005)] et CNOT [Eur. Phys. J. D 37, 451 (2006)].
Nous avons généralisé
la porte CU au cas d'un contrôle par un état arbitraire [PRA 73, 042321 (2006)].
Géométrie et topologie des systèmes dynamiques classique et quantique
La monodromie hamiltonienne est l'obstruction topologique la plus simple à
l'existence dans un système classique de coordonnées action-angles globales. Pour un système à deux degrés de liberté, une monodromie non-triviale se
caractérise par une matrice de monodromie 2 par 2 différente de l'identité et à coefficients entiers. En utilisant la mécanique semi-classique,
la matrice de monodromie peut être déterminée par la seule donnée du spectre du système quantique correspondant et
caractérise donc celui-ci. La figure de gauche illustre dans le cas quantique le calcul de la matrice de monodromie. On considère une cellule
élémentaire (en trait plein) que l'on transporte autour d'un point singulier du diagramme de bifurcation. Après un tour, la cellule est modifiée
(en trait pointillé). La matrice de monodromie quantique est dans ce cas simplement la matrice de rotation transformant la cellule initiale en la cellule finale.
La théorie du contrôle géométrique
utilise des outils de géométrie différentielle pour déterminer un contrôle régissant une dynamique donnée. Elle
repose principalement sur le principe du maximum de Pontryagin pour déterminer
le contrôle optimal. Ce principe est une généralisation des équations d'Euler-Lagrange.
Le champ optimal est le champ qui va réaliser un objectif donné et qui va également minimiser un coût comme l'intensité totale du laser ou le temps total du contrôle.
Nous avons appliqué ces méthodes au contrôle en temps minimum d'un système quantique dissipatif à deux niveaux. La figure ci-joint
représente la synthèse optimale du problème, i.e., l'ensemble des trajectoires optimales partant d'un point donné. Dans l'exemple présenté,
nous nous sommes limités à un seul contrôle réel et à un problè dans le plan. Le module du champ de contrôle est limité
à 1. Les trajectoires X et Y correspondent respectivement à des contrôles égaux à 1 et -1 [PRA, 76 (2007)].
En collaboration avec Bernard Bonnard de l'IMB, nous avons crée un groupe de travail sur le contrôle optimal des
systèmes quantiques s'adressant à la fois aux mathématiciens et aux physiciens. Ce groupe de travail propose des séminaires un mardi sur 2 d'intervenants extérieurs
ou de l'IMB et de l'ICB.
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